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 O babylone

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deathambre
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Devise : L'honneur console les faibles dans la défaite
Date d'inscription : 18/10/2005

MessageSujet: O babylone   Lun 28 Mai - 16:22

Lorsque cela se produisit, cela n'eut rien de spectaculaire. Un jour il l'entendit, alors il sut et voici ce qu'il advint…

William H. Reed est un de ces cadres moyens au physique quelconque, interchangeable et corvéable à merci, avec toutefois un manque troublant au fond de lui, que ni les médias ni la publicité ni son entourage aussi vide que lui ne peuvent satisfaire, il a beau consommer, acheter sans cesse toujours plus de tous ces produits futiles et indispensables, jamais il n'atteint la tranquille sérénité que la publicité lui promet, jamais il ne connaît la paix de l'âme.

C'est au croisement d'une avenue, au milieu de la cacophonie urbaine, qu'il prend conscience pour la première fois d'un son unique, une vibration sourde émanant de partout mais ne provenant de nulle part, fondue dans la masse mais pourtant clairement distincte, une pulsation lancinante et profonde qui peu à peu couvre et occulte tous les bruits jusqu'à ce que les tympans de William ne vibrent plus que par elle, jusqu'à ce qu'elle emplisse sa tête et le plie de douleur, les deux mains comprimant ses oreilles dans une tentative désespérée pour la faire cesser…

Plus tard, William comprend dans un éclair de froide lucidité _ ces rares instants fugaces où l'esprit débridé se permet toutes les hypothèses sans en censurer aucune _ qu'il vient de percevoir le son de la Ville, sa pulsation de vie, le bruit de son cœur gigantesque et décentralisé, la preuve indéniable, terriblement irréfutable qu'Elle est bien vivante, d'une vie qui lui est propre, indépendante de ceux qui l'arpentent…
Il peut maintenant ordonner ce qu'il avait jusqu'alors considéré comme le chaos ambiant inhérent aux activités humaines modernes, et, une fois les pièces du puzzle sonore assemblées, en découvrir la mélodie d'ensemble : la symphonie de la Ville qui croît et grandit, s'étend et se répand inexorablement, recouvrant la Terre des Hommes, devenant le nouvel écosystème. Une plaine de bitume, des arbres de béton, des montagnes de verre et d'acier, des fleurs au pollen de fer, et d'insignifiants mais innombrables insectes ouvriers pour la fertiliser.
Depuis l'aube des temps l'univers s'est expansé, développé, diversifié, complexifié : l'énergie, la matière, la vie, la pensée. La Ville s'est éveillée à la conscience et se construit toute seule, l'Homme n'est qu'une étape qu'un jour viendra dépasser…

Un avion ne peut l'emmener qu'en terre conquise par Elle, perdue pour lui, un train est prisonnier de ses rails, comme ceux dont il tente de sortir. Au volant de son bolide de série, William flirte avec la limite autorisée, il brûle d'arriver mais se faire arrêter briserai le fragile élan de courage _ ou de folie _ qui le propulse à l'aventure, à la recherche d'un endroit où enfin il n'entendra plus cette basse et sera libéré de cette sensation oppressante d'être contraint à jouer un rôle dont il ignore le texte, enchaîné à un scénario de série B où tout est téléphoné _ ainsi que semble le confirmer ses multiples "déjà-vu" _ , comprimé dans un espace qui se réduit toujours.
Mais où que ses roues l'emportent, William ne voit qu'Elle, omniprésente. Toujours plus de quartiers résidentiels, de zone industrielles, tant d’endroits dont il n’avait jamais soupçonné l’existence, confiné dans le petit périmètre de sa petite vie. Combien de temps ? Depuis combien de temps n’as t’il pas voyagé, n’est il pas allé se promener dans la Forêt, la vrai, l’immense, respirer la vivifiante odeur de la Terre génitrice, et non l’ersatz des parcs urbains ? Existe t’il encore un endroit qu’Elle n’ai pas colonisé, phagocyté ? Alors il roule, roule, roule, la calandre de son bolide avalant le bitume dans une vaine tentative pour l’arracher.
Mais où que ses roues l'emportent, William ne voit qu'Elle, omniprésente. Et à son battement cardiaque oppressant se mêlent à présent les plaintes des fantômes de la route qui frôlent sa carrosserie, âmes perdues qu'il comprend être celles de ses infortunés prédécesseurs.

Alors il se range sur le bas-côté, quelque part, nulle part, il a la déprimante sensation de n’avoir pas avancé, d’être tel un hamster dans sa roue. Il sort et trébuche quelques pas sur un trottoir impeccable au revêtement sombre et lisse d’une zone pavillonnaire. Il s’arrête interdit, devant le mur de clôture d’une de ces prisons en copropriété, et contemple l’élan poétique d’un quelconque anonyme :
ô Babylone ma bien aimée
pour ta grandeur j'ai tout donné
à ta gloire tout sacrifié
en ton nom tant de sang versé...


Et poussière d’Homme deviendra poussière de béton…


Dernière édition par le Jeu 31 Mai - 8:30, édité 2 fois
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David
Dieu des Douleurs
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MessageSujet: Re: O babylone   Mer 30 Mai - 17:46

[EDIT]

YATTA !
David.


Dernière édition par le Mar 5 Juin - 6:10, édité 2 fois
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deathambre
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MessageSujet: Re: O babylone   Jeu 31 Mai - 8:37

Texte couché sur le papier en écoutant "interzone" des Joy Division (et la reprise des Warrior Soul) ainsi que "the passenger" de Lou Reed (et la reprise de Siouxie 'n' the banshees).

Merci David.

[EDIT suite à l'edit de david de son texte au-dessus : mon remerciement était sincère car j'ai bien pris ton premier post, je dois être bête (mais ce n'est pas nouveau Cool ) je n'y avais lu aucune critique blessante => pas d'offense donc]


Dernière édition par le Ven 1 Juin - 12:36, édité 2 fois
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David
Dieu des Douleurs
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MessageSujet: Re: O babylone   Jeu 31 Mai - 16:56

C'est moi, j'avoue que j'ai cru que tu avais tiré ce texte d'une de tes lectures. Tu es un jeune homme plein de (bonnes) surprises !
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herve
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MessageSujet: Re: O babylone   Ven 1 Juin - 14:59

Juju sans deconner tu m inquiete !!!!!
ou peut etre que c'est moi qui me complique moins la vie et ne pensse pas as tout sa

si nan c'est bien ecrit

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